Essai sur l’intégration de l’intelligence artificielle dans le système éducatif des écoles classiques en Haïti.
L’intelligence artificielle (IA) a l’air très prometteur et semble être l’outil idéal pour les élèves haïtiens. Il semblerait que cela pourrait les aider à avoir accès à une grande quantité d’informations malgré le manque d’accès à la technologie ici en Haïti. Cependant, de nombreuses études tirent la sonnette d’alarme pour avertir les éducateurs qui veulent mettre toute leur confiance dans l’IA, car il commence à être évident que c’est un outil exigeant des dispositifs de sécurité, surtout pour la jeunesse d’aujourd’hui. De ce fait, cet essai cherchera à démontrer que l’intelligence artificielle est un outil qu’il faut utiliser avec prudence et réserve dans le domaine de l’éducation.
Avant d’aborder le thème principal qui est l’intégration de l’IA dans le système éducatif des écoles haïtiennes, cet essai va tout d’abord se pencher sur quelques aspects du développement cognitif chez les adolescents et sur les technologies qui rendent l’accès à l’IA possible, afin de poser les bases du raisonnement qui préconise l’utilisation prudente de l’IA.
Durant cette période de développement cérébral, l’école est un cadre où les adolescents doivent renforcer leurs capacités cognitives pour pousser les limites de leurs compétences. Résoudre des problèmes d'algèbre ou de géométrie, par exemple, sont des activités qui requièrent un raisonnement cognitif abstrait (Artman et al.), ce qui aide à développer leur aptitude cognitive. Ces défis auxquels les adolescents sont confrontés à l'école favorisent leur développement cognitif et cérébral. Les différentes matières à l’école classique ne sont pas là seulement pour être apprises, mais elles servent à pousser les élèves à utiliser leur intellect d’une manière plus poussée, ce qui est très critique pour leurs esprits en développement.
Venons-en maintenant aux technologies qui mettent l’intelligence artificielle à la portée des élèves. Pour avoir accès à l’IA, il faut également avoir accès à des technologies d’information et de communication (TIC) tels que les ordinateurs et les smartphones. Or, de nos jours, ces TIC se sont transformés en des outils de distraction. Les études ont démontré que beaucoup de gens utilisent les appareils de manière impulsive pour accomplir des tâches qui n’ont aucun rapport avec le travail qu’ils devraient effectuer et cela en soi crée un moment de distraction qui est difficile à récupérer par la concentration (Chen et al.). En effet, les technologies d’information et de communication facilitent la communication. Beaucoup d’individus aiment partager des informations sur les réseaux et ces informations partagées sont souvent sujettes au feedback des amis sur lesdits réseaux, ce qui cause plus d’interactions et aide à agrandir le nombre d’amis. Plus le réseau social d’une personne est étendu, plus son niveau d’interaction augmente, et beaucoup ressentent alors le besoin d’être constamment en contact avec les autres. Plus les gens ont besoin de connexion, plus ils passent du temps sur les réseaux et plus cela devient une distraction (Salehan et Negahban). Donc, beaucoup deviennent dépendants de la technologie et sont souvent distraits lorsqu’ils utilisent des TIC.
Les enfants et adolescents à l'école n’ont pas toujours la capacité de contrôler leur impulsivité et lorsqu’ils disposent de TIC à l’école, très souvent ils sont déconcentrés. L’utilisation des réseaux par les pairs peut influencer les autres à les utiliser à leur tour, et créer des moments de distraction. L’école est l’endroit où ils doivent apprendre à se concentrer sur les tâches données sans faire face à la dissipation. Le début de l'adolescence est aussi une période où les individus commencent à remettre en question l'autorité et l'expérience des adultes et à accorder plus de valeur à l'opinion des autres adolescents qu'à celle des adultes. Les jeunes adolescents accordent une importance particulière à l'acceptation de leurs pairs (Knoll et al. 2015). Cela les pousse à avoir un comportement similaire à ceux de leur cercle, utiliser les réseaux sociaux leur semble alors indispensable.
Selon le Rapport Mondial de Suivi sur l’Éducation de l’UNESCO, les technologies doivent être utilisées comme un soutien et ne doivent jamais être utilisées comme remplacement pour les enseignants. Les TIC ne doivent pas remplacer le face-à-face que les professeurs fournissent aux étudiants, car l’enseignement accompagné de la technologie n’améliore pas les résultats d’apprentissage, comparé à l’enseignement traditionnel. Précisément, ce rapport révèle que les points positifs que la technologie apporte sont faibles quand on observe les résultats d’apprentissage. En réalité, l’utilisation de smartphones et d’ordinateurs dérange l’apprentissage en classe et à la maison, surtout lorsque les notifications ou simplement le fait d’être tout près d’un appareil cause de la distraction. Cela incite les élèves à utiliser les appareils pour des raisons non-académiques, cela les distrait et cela affecte la mémorisation et la compréhension des notions académiques qu’ils doivent apprendre. C’est pour cela qu’avant d'implémenter une nouvelle technologie dans une école, il est important d’identifier au préalable le problème exact que la technologie va résoudre. Sans un besoin clairement défini, la technologie risque de créer elle-même un problème pour ensuite en devenir artificiellement la solution. Donc s’il n’y a pas de plan, la technologie sera moins efficace dans le rôle qu'elle devrait effectuer (Stringer et al.). C’est en se basant sur ces nouvelles données que les écoles dans beaucoup de pays d’Europe, notamment la France, le Royaume-Uni, l'Italie, l'Espagne, l'Irlande et beaucoup d’autres ont choisi de bannir les smartphones en classe (Chadwick). Les enseignants et directeurs ont commencé à se rendre compte des effets néfastes des TIC sur les élèves et ont décidé de les en séparer en salle de classe.
L’intelligence artificielle générative depuis 2022 a connu un progrès fulgurant surtout avec la venue de l’agent conversationnel (chatbot) ChatGPT. D’une popularité extraordinaire, ce chatbot offre une grande variété de fonctionnalités, telles que répondre à des questions, écrire ou résumer des textes et bien d’autres encore. Il a révolutionné la sphère éducative parce qu’il a la capacité de personnaliser les réponses aux questions et de donner des réponses spécifiques sur n’importe quel sujet, contrairement aux moteurs de recherche traditionnels comme Google. Malgré toutes ses capacités, ChatGPT a quand même tendance à perdre le contexte des sources originales, ce qui provoque des erreurs et génère de fausses informations.
Beaucoup d'élèves sont tentés de rédiger des productions écrites à l’aide de ChatGPT. Or cet exercice s’avère très important pour les cerveaux en développement vu que cela aide à travailler la mémoire et engage plusieurs processus cognitifs comme l’organisation de ses idées (Kellogg). Cependant, une étude a démontré que l’utilisation de ChatGPT pour écrire des essais diminue la capacité créative et l’esprit critique, tandis que les personnes qui utilisent leur cerveau pour écrire démontrent une plus grande satisfaction envers leur travail et une plus grande capacité à se rappeler ce qu’ils avaient produit (Kosmyna). Avoir une confiance excessive en ChatGPT empêche les utilisateurs d’utiliser leur esprit critique pour mettre en question les réponses proposées. Cela crée une bulle (chambre d’écho) où la personne n’utilise pas tous les procédés cognitifs pour apprendre quelque chose de nouveau. L’apprentissage n’est pas approfondi et reste en surface.
Une autre étude a démontré que l’IA est capable de persuader les gens beaucoup plus facilement et beaucoup mieux que les personnes elles-mêmes (University of Zurich). L’IA a la capacité de formuler des arguments qui sont plus convaincants que ceux des humains. Cela montre qu’il est très important d’enseigner aux enfants et adolescents comment exercer leur esprit critique avant de les laisser utiliser l’IA. Si quelqu’un ne développe pas son esprit critique, il sera difficile de se méfier des potentielles faussetés que l’IA propose.
L’IA est aussi très connue pour sa capacité à résumer des textes très longs. Cela veut dire que quelqu’un qui n’a pas lu un texte peut demander à l'IA de le résumer, et la personne sera au courant des points généraux du texte sans avoir à passer du temps dans la lecture pour comprendre tous les détails. Cependant, les études démontrent la valeur de l’effort déployé au cours de la lecture. Le temps effectué à faire de la lecture est associé à une plus grande capacité du cerveau à entretenir le langage, les fonctions exécutives et le contrôle cognitif (Horowitz-Kraus and Hutton). En effet, c’est en passant du temps dans les documents donnés que les élèves pourront se familiariser profondément et mémoriser les notions qu’ils apprennent. Rester en surface avec des résumés ne permet pas d’y parvenir.
Une équipe de chercheurs de l’Université de Pennsylvanie ont découvert que l’utilisation de l’IA pour étudier les mathématiques avait un effet négatif sur l’apprentissage des élèves. Ils ont comparé les élèves qui utilisaient l’IA sans restriction (GPT-4) et GPT-Tutor, une IA développée spécialement par des enseignants pour le tutorat d’élèves. Ceux qui utilisaient l’IA dédiée à l'enseignement des mathématiques obtenaient de bien meilleurs résultats. Cependant, aussitôt qu’ils n’avaient plus accès a l’IA, ils obtenaient des résultats nettement pires que ceux qui n’avaient jamais eu accès à l’IA depuis le début. Les étudiants se servent de l’IA comme béquille sans même s’en rendre compte (Bastani et al.). Les élèves ont besoin de savoir comment utiliser l’IA pour que ce ne soit pas à leur désavantage, d’où l’importance d’en limiter l’utilisation.
L'écriture à la main est un autre effort qui permet au cerveau de se développer. Écrire à la main est une habileté cognitive qui demande beaucoup d’attention. Travailler avec l’IA risque de diminuer le temps passé à écrire à la main, cependant cette tâche offre de nombreux avantages qu’un écran ne pourra jamais donner, notamment plus de concentration et une meilleure mémorisation de ce qui a été appris (Traverso).
Les écoles haïtiennes ne devrait pas permettre aux élèves de se laisser emporter par le manque d’effort que l’IA rend possible. Il faut continuer à apprendre aux élèves à travailler pour atteindre l’excellence sans prendre le raccourci qu’offre l’IA. En Haïti, en outre, les efforts pour une transition numérique sont toujours inefficaces (Auguste). Beaucoup n’ont pas encore accès aux TIC et il est vrai qu’il est désavantageux pour les élèves de ne pas pouvoir accéder à des notions académiques sous forme numérique. Les élèves bénéficieraient grandement des TIC dans certaines situations. Cependant, si on prend en compte les arguments susmentionnés, il est avantageux que les élèves soient privés de distraction pendant les journées de classe.
Malgré tous les désavantages présentés ici, il est vrai que l’IA a tout de même sa place dans l'éducation. On peut trouver plusieurs utilisations avantageuses pour la formation des élèves. Voici quelques cas de figure: utiliser l’IA comme un tuteur privé pour une approche adaptée à chaque élève; créer des quiz pour des auto-évaluations; chercher des recommandations de livres sur des sujets bien précis.
Il est recommandé d’utiliser l’IA en insistant sur le processus au lieu de l’aboutissement, donc comme un partenaire de dialogue qui donne des commentaires et des retours au lieu d’un produit fini (Cao). Chris Dede, un expert dans les technologies émergentes, recommande de mettre l’accent sur ce que l’IA n’est pas capable de faire aujourd’hui. Entraîner les individus à accomplir ce que peut déjà faire l’IA est un jeu perdant. Il faut maintenant se focaliser sur les possibilités de travailler en harmonie avec. Donc il faut déterminer ce que l’IA ne peut pas faire et doubler la mise dessus, et à partir de là atteindre l’augmentation de l’intelligence (AI) (Dede).
Une des tâches que l’IA ne peut pas encore réaliser, c’est d’user de créativité, car elle génère ses connaissances en se basant sur des faits déjà connus. Si les humains arrêtent de créer, l’IA va stagner et ne va jamais dépasser un certain point ni rencontrer des idées innovantes (Dede). Donc, il est très important de travailler le sens de créativité et d’innovation des humains. L’IA est privée de certaines capacités comme user de bon sens, raisonner de manière éthique et comprendre la cause et l’effet (Toews). Cela montre l’importance de former les jeunes à exercer leur esprit critique.
Donc, l’IA est une technologie qui a l'air prometteur dans plusieurs domaines, surtout dans l'éducation. Cependant, beaucoup d'études ont déjà démontré l’importance de limiter et de mettre des rails de sécurité autour de l’utilisation de l’IA, surtout pour les jeunes qui sont en plein développement. Ils ont besoin d'être guidés par des professeurs car les écrans ne remplaceront jamais le contact humain. Ils ont également besoin d'être capables d’accomplir des tâches eux-mêmes telles que la production écrite avant de laisser l’IA le faire à leur place. Ils ne doivent pas évoluer dans un environnement sujet à la distraction par les TIC. Ils doivent apprendre à développer leur esprit critique pour ne pas se laisser convaincre par n’importe quelles idées. Ils doivent pouvoir utiliser leurs capacités motrices, comme l'écriture, et psychosensorielles, comme la lecture, avant de laisser l’IA le faire à leur place, d’où l’importance de limiter l’utilisation de l’IA. Cela dit, l’IA offre quand même des fonctionnalités qui seront utiles aux écoliers comme réaliser des auto-évaluations, chercher des recommandations de livres, ou prendre des leçons préparées sur mesure selon leurs besoins. l’IA offre l’opportunité d’augmenter son intelligence en poussant tous à découvrir ce que l’IA ne peut pas faire et exceller dans ce domaine.


